Les Troubles des Apprentissages

Les troubles d’apprentissage, ces troubles durables qui impactent la scolarité et le quotidien de l’enfant font de plus en plus parler d’eux.. C’est sûrement parce qu’on les dépiste d’autant plus et que la « réussite » de l’enfant est au cœur du système scolaire. Mais vous avez pensé à l’aspect visuel de ses troubles ? Je m’adresse aux parents et aux professionnels qui entourent leurs enfants, les enseignants, comme le corps médical. Ce n’est n’est ni un mode d’emploi, ni un texte moralisateur, simplement mon point de vue d’orthoptiste et ce qui ressort de ma pratique, à mon échelle!

Au cours de sa scolarité, l’enfant peut avoir des difficultés variées, qui apparaissent parfois au CP comme au CM2, ou encore au lycée. Pourquoi ? L’enfant est magique, il compense du mieux qu’il peut et ne se plaint quasiment jamais! La lecture est un peu lente ? C’est pas grave, il sait lire. Puis une fois l’enfant arrivé au collège, ça devient gênant de lire à voix haute pour lui ou il lui manque du temps pour lire la totalité des énoncés! Chaque enfant compense de son mieux, en fonction de ses difficultés, et si on est pas suffisamment attentif, en tant que parents, qu’enseignant ou que professionnel médical, ces troubles passent à la trappes! Pas d’angoisse, l’important c’est simplement d’être attentif et de ne pas perdre de temps lors d’un quelconque doute! Alors vous allez me dire, mais pourquoi s’entêter à dépister, à « coller une étiquette » à l’enfant, il a bien le droit de ne pas être doué dans tout ! BIEN SUR, regardez, me concernant je suis une quiche en maths et je ne m’en porte pas plus mal. Cependant, si un enfant a des difficultés, qu’on peut l’aider et qu’on ne met pas les choses en place, ce serait le priver de toutes ces chances, surtout qu’en France, les aménagements scolaires sont possibles uniquement si un diagnostique est posé, donc ça vaut le coup de creuser! Donc c’est parti, creusons!

Petit rappel avant de commencer cet article (car on en a pas toujours conscience), la majorité des informations stimulantes passent par la vision, que ce soit pour l’apprentissage scolaire ou tout type d’apprentissage (l’apprentissage des couleurs, dénommer tel animal, montrer tel objet).

Différentes difficultés!

Si un enfant a des difficultés pour lire, écrire, orthographier (pas au bout d’un mois de CP on est d’accord!), s’exprimer, se concentrer, c’est qu’il faut consulter! Attention, tous ne sont pas des troubles DYS! D’ailleurs, 20% des enfants présentent des troubles d’apprentissage dont 6% sont des troubles spécifiques des apprentissages (dits troubles DYS). Je vais vous expliquer un peu plus précisément ces troubles DYS, enfin ceux que je croise au cabinet :

  • La dyspraxie ou trouble de la coordination (ou apraxie) peut se répercuter sur l’écriture (dysgraphie)
  • La dyslexie (déficit de la lecture)

Et c’est quoi le rapport avec les yeux ? Attendez, ça vient!

La lecture, ça demande de mobiliser plusieurs compétences : vocabulaire, mémoire, principe alphabétique, phonologie…. ET DES COMPETENCES VISUELLES : il est nécessaire d’avoir de bonnes capacités de perception visuelle, de maintien en mémoire visuelle, de discrimination visuelle (pour la reconnaissance de lettre) et d’attention visuelle qui permettent d’avoir un regard « actif ». D’ailleurs il existe plusieurs types de dyslexie : phonologique, lexicale, et visuo-attentionnelle (et mixte phonologie-surface). Pour la dsylexie visuo-attentionnelle, l’enfant aura des difficultés à repérer les lettres en certaines positions et à sauter des lignes. Outre la dyslexie, pour avoir une lecture fluide, il faut avoir une poursuite du regard fluide également. Comment voulez-vous avoir une lecture aisée si les yeux ont du mal à fixer et « sautent » pour maintenir la fixation à chaque fois ? Comment voulez-vous ne pas sauter de ligne si les yeux ne savent plus où ils en sont et que le retour à la ligne n’est pas intégrer dans les stratégies visuelles ? Le regard doit être efficace et avoir une stratégie, c’est primordial pour un bon apprentissage!

Pour le trouble de la coordination (ou la dyspraxie), on a des difficultés de programmation et de planification qui peuvent être gestuelles ou visuo-spatial. Dans ce dernier cas, la perception visuelle sera atteinte avec une capacité à explorer l’image déficitaire (balayage de l’image avec le regard peu efficient). Réussir à fixer son regard sur la ligne d’écriture et suivre le mouvement du stylo correctement en se projetant la trajectoire à réaliser demande, notamment, une bonne coordination entre l’œil et la main!

J’espère maintenant que je commence à vous faire comprendre la nécessité de faire contrôler ce système visuel au niveau de son intégrité et de son efficacité… Par un orthoptiste!

Le bilan orthoptique

J’ai expliquer dans un précédent article pourquoi venir consulter un orthoptiste, et dans le cadre de difficultés scolaires, il est possible de venir consulter avec une ordonnance (BILAN ORTHOPTIQUE NEUROVISUEL) après avoir échanger avec son médecin/pédiatre. La demande peut venir des parents, de la maitresse, ou d’un autre praticien, suite à un bilan orthophonique, neuropsy ou psychomot (ce qui m’arrive le plus souvent) qui aurait déceler une fragilité visuelle. – Je me suis permise de contacter les écoles (faut que je continue d’ailleurs) autour du cabinet afin d’informer les maitresses sur les signes d’alertes visuels et j’encourage tout les orthoptistes qui passent par là à le faire, c’est hyper enrichissant, ça permet d’établir un lien avec le corps enseignant et de dépister plus facilement ce genre de troubles.-

Lors de ce bilan, la phase « interrogatoire » auprès des parents (ET DE L’ENFANT) est très importante pour bien cerner :

  • Les difficultés de l’enfants (saut de ligne, lecture saccadée, troubles spatiaux vus notamment en géométrie, recopie couteuse pour l’enfant, écriture difficile, fatigabilité importante, difficulté d’attention ou de mémorisation)
  • Ses antécédents personnels (prématurité, souci de santé) et ophtalmologiques (lunettes, date du dernier contrôle)
  • Les antécédents familiaux
  • S’il existe (ou s’il a existé) des « retards » dans d’autres domaines (âge d’acquisition de la marche, du langage)
  • Avec quoi il aime jouer (s’il n’aime pas les puzzles, le visuo-constructif est peut-être difficile?)
  • L’enfant a-t-il d’autres suivis/bilans en cours?

Ensuite viendra le bilan orthoptique avec un examen plutôt sensoriel « basique » (est-ce que l’enfant voit bien, peut-il bien fusionner, y-a-t-il nécessité de consulter un ophtalmologiste pour X raisons), et un examen fonctionnel où l’efficacité du regard et des stratégies visuelles de l’enfant sera évaluées. Il est préférable d’utiliser des tests normés pour comparer les capacités de l’enfant par rapport à son âge (ou son niveau scolaire) et mieux apprécier son évolution lors d’un éventuel bilan final. Plusieurs compétences peuvent être évaluées :

  • la coordination oculo-manuelle et la planification/anticipation visuelle (évaluation via une épreuve de labyrinthe par exemple, j’utilise personnellement l’EDA)
  • l’attention sélective et la stratégie exploratrice via une épreuve de barrage normée
  • la coordination oculo-céphalique (l’enfant bouge-t-il la tête en même temps que les yeux?)
  • l’appréciation des orientation (personnellement j’aime bien le BENTON)
  • la discrimination visuelle (personnellement j’apprécie l’épreuve de SAFARI)
  • les gnosies visuelles à travers une banque d’image particulière
  • le reproduction de forme normée (EDA me concernant)
  • la qualité des mouvement oculaires (DEM TEST)
  • et d’autres aptitudes plus poussées peuvent être évaluées par le TVPS que j’apprécie également

L’orthoptiste choisira le test le plus adapté pour l’enfant et avec lequel ce dernier est le plus à l’aise. A la fin de ce bilan (environ une heure, plus ou moins en fonction des difficultés), l’orthoptiste proposera des séances de rééducation si nécessaire (environ 30mn), et même parfois de compléter le bilan par une consultation ophtalmologique si besoin. Il est important d’échanger avec les parents sur l’importance de ce suivi, des compétences qui seront travaillées et de l’objectif à atteindre (améliorer la fixation, les mouvements oculaire, la stratégie exploratrice,…) et se fixer un nombre de séances. Même si celui peut varier en fonction de l’avancée de l’enfant, il permet au praticien, comme à la famille de se fixer un objectif thérapeutique, primordial pour optimiser le nombre de séances et la motivation de l’enfant. Si l’orthoptiste a des doutes en fonction des résultats du bilan, il peut-être judicieux d’en parler aux parents afin de poursuivre les évaluations chez un orthophoniste par exemple!

Que les séances démarrent rapidement où au bout d’un certains temps en fonction des disponibilités de chacun, il est important de faire passer le bilan aux parents, aux autres praticiens de l’enfant, et aux enseignants (idéalement le transfert de compte rendu se fait via les parents). La communication et la mise en réseau de toutes ces informations sont primordiales pour optimiser toutes les prises en charge de l’enfant. De plus, l’orthoptiste peut proposer des aménagements scolaires (espacement des interlignes, utilisation du doigt pour la lecture) et des activité à faire à la maison pour consolider le suivi, soit par le jeu, soit via un cahier d’exercices visuels.

Il existe bien sûr d’autres troubles DYS (dysorthographie, dyscalculie,…) où il est également nécessaire d’avoir un système visuel optimisé. Je ne vous détails ici que les plus courants (j’aborderai les troubles de l’attention dans un autre article). Même sans trouble DYS avéré, de « simples » difficultés visuelles peuvent entraver les apprentissages. Mettre en place des stratégies compensatrices, à travers une rééducation orthoptique permet de rétablir des aptitudes visuelles (ou de compenser) afin d’éviter de trop grosses conséquences sur le plan scolaire, si cela est nécessaire bien sûr!

J’espère que je vous aurai éclairé sur le sujet et n’hésitez pas à laisser un commentaire!

1 commentaire

  1. Bonjour article super. Un bilan chez notre ortoptiste Camille et un nom a été enfin mis sur les difficultés de ma fille Lorena : dyspraxie. Jamais entendu parler auparavant. Merci encore

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